Peuples voisins et relations
Les Relations du Peuple Bwa avec ses Voisins
Au cœur de la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso et des régions de San et Tominian au Mali, le territoire Bwa s'inscrit dans un espace géographique partagé avec plusieurs communautés. Au fil des siècles, les Bwaba ont développé un réseau complexe de relations diplomatiques, commerciales, culturelles et rituelles avec leurs voisins : Bobo, Marka (Dafing), Samo, Gourounsi, Mossi, Peuls et Sénoufo.
1. Avec les Bobo : La proximité culturelle et le malentendu historique
Une grande parenté culturelle : Bwaba et Bobo partagent une même vision du monde fondée sur le culte du Do, l'art des masques (masques de feuilles et masques de bois), ainsi qu'une organisation sociale décentralisée en villages autonomes.
La clarification identitaire : Historiquement, les colonisateurs et commerçants étrangers ont souvent confondu les deux peuples sous la désignation générique de « Bobo » (appelant les Bwaba « Bobo-Oulé » ou Bobo rouges, et les Bobo « Bobo-Fing » ou Bobo noirs). Bien qu'ils appartiennent à la même grande famille culturelle voltaïque (gur) et partagent des pratiques rituelles similaires, les Bwaba constituent un peuple distinct avec sa propre langue, le bwamu.
2. Avec les Marka (Dafing) : Échanges, cohabitation et autonomie
Des voisins immédiats : Les Marka (aussi appelés Dafing), de tradition mandingue, cohabitent dans bon nombre de localités de la Boucle du Mouhoun et de la région de San.
Commerce et différenciation : Les échanges commerciaux et culturels entre Bwaba et Marka ont toujours été intenses. Tandis que les Marka ont adopté l'Islam très tôt, les Bwaba ont préservé avec fermeté leurs traditions ancestrales autour du Do. Cette cohabitation pacifique a permis de maintenir un équilibre respectueux entre les identités de chacun.
3. Avec les Samo : Cousins de savane et alliances territoriales
Proximité géographico-culturelle : Installés au nord et à l'est du territoire Bwa (notamment dans la province du Nayala), les Samo entretiennent des liens de voisinage ancestraux avec les Bwaba.
Alliances de paix : Bwaba et Samo partagent un profond attachement à la terre, à l'indépendance villageoise et au refus de toute domination centralisée. Les rencontres entre ces deux groupes lors de fêtes ou de marches de marché sont empreintes d'un respect mutuel et d'une complicité historique.
4. Avec les Gourounsi : La fraternité des peuples voltaïques
Une même racine voltaïque : Situés au sud-est du pays Bwa, les peuples Gourounsi (Lobi, Nunuma, Bwaba-Gourounsi) partagent avec les Bwaba une origine linguistique et culturelle commune (groupe Gur).
Convergences rituelles et artistiques : Les Bwaba et les Gourounsi partagent une cosmogonie similaire, un culte profond envers la terre (Tini) et un art sculptural du masque géométrique polychrome d'une grande puissance esthétique.
5. Avec les Mossi : Indépendance et résistance historique
Le refus de la centralisation : Historiquement, alors que les Royaumes Mossi ont structuré de grands ensembles étatiques et centralisés à l'est, les Bwaba sont toujours restés attachés à la souveraineté de leurs villages autonomes.
Coexistence et échanges : Malgré les tentatives passées d'extension d'influence, le pays Bwa a préservé son autonomie. Aujourd'hui, les relations entre Bwaba et Mossi sont basées sur le respect mutuel, la coexistence pacifique et la participation conjointe à la vie socio-économique du Burkina Faso.
L'Institution de la Parenté à Plaisanterie (Rakire / Sinankunya)
Un des piliers de la cohésion sociale en Afrique de l'Ouest repose sur la parenté à plaisanterie, un pacte de non-agression et de fraternité sacrée :
L'Alliance sacrée avec les Peuls : Les Bwaba entretiennent une relation de parenté à plaisanterie particulièrement vive et célèbre avec les Peuls. Cette alliance permet aux membres des deux communautés de se taquiner librement, d'extérioriser les tensions et de régler les différends ou conflits de manière pacifique par le rire, la dérision et la médiation sociale.